Message de jack le Sam Déc 10, 2005
Jusqu'à ce jour là, je considérai mon orgue de Barbarie comme un simple outil de travail qui me permettait de travailler dans la rue et de rencontrer le public auquel je m'intéresse c'est à dire les personnes défavorisées dont les SDF et autres marginaux qui font l'objet de toute mon attention.
Mais un jour, il s'est passé quelque chose.
Je tournais la manivelle sur une place de ma ville et un type était là et écoutait.
Rien d'extraordinaire allez vous me dire, sauf que le gars "écoutait" (et ne se contentait pas d'être là) et est resté vraiment longtemps au point que je me demandais ce qu'il voulait, car en général, les gens vont, viennent, discutent mais ne restent pas "plantés là" plus d'une demi heure.
J'ai laissé faire sans rien dire d'autant plus que j'étais préoccupé par une note qui ne sonnait pas et que, débutant dans le domaine, j'étais vraiment tracassé car mon instrument n'était plus garanti et je n'osais pas l'emmener chez le facteur d'orgue qui me l'a fabriqué.
Finalement, j'ai engagé la conversation avec le type (il fallait bien quand même), et le premier truc qu'il m'a dit est que "j'avais un problème avec mon instrument". Banco ! J'avais à faire à un musicien. Je ne vous raconte pas la honte.
J'ai par contre été fort rassuré quand il m'a dit qu'il avait le même instrument et nous avons bien sûr papoté de nos expériences respectives. J'avais un nouveau copain et pas n'importe lequel, un gars qui connaissait "mon" orgue. Rassurant quand on n'a jamais démonté une vis d'un tel instrument.
Ce soir là, il a fallu décider de démonter la merveille pour la première fois afin de comprendre pourquoi la note ne chantait pas. Et si c'était une soupape !?!
Tout le temps de la délicate manœuvre, je notais mes faits et gestes pour demander du secours à François (c'est de lui qu'il s'agit) au cas où, et j'étais bien rassuré de savoir qu'il y avait un connaisseur pas très loin car je dois avouer que je n'en menais pas large. L'affaire fut délicate mais menée à son terme. Un simple tuyau bouché à l'entrée de la boite a soupapes (encore heureux !).
Pendant ce temps, j'ai ausculté l'instrument, compris comment cela fonctionnait, opéré mon petit comme si il s'agissait d'un enfant chéri ce qu'il est devenu ce soir là. Je ne vous dis pas ma fierté quand j'ai envoyé le mail à François en claironnant: "La note sonne !"
Une nouvelle relation s'est instaurée entre "Lève-toi et marche !" (c'est le nom de mon orgue) et moi. Je suis devenu amoureux.
Depuis, nuit et jour, semaines aprés semaines, qu'il fasse beau ou qu'il pleuve, la passion fait son chemin et ce site est le premier fruit de la rencontre de deux tourneurs de manivelle que seul le fleuve La Garonne sépare.
Entre temps, nous sommes des dizaines à nous être rencontrés d'une façon ou d'une autre et vous qui me lisez aujourd'hui êtes un de plus que nous sommes heureux de rencontrer.
Jack.
